Littérature Marocaine : 15 auteurs exceptionnels à découvrir absolument
Vous souhaitez découvrir la richesse de la littérature marocaine, mais face à la diversité des auteurs et des œuvres, difficile de savoir par où commencer. Entre les classiques fondateurs et les voix contemporaines, entre les écritures en français, en arabe ou en tamazight, le paysage littéraire marocain peut sembler intimidant pour qui veut s’y plonger.
Ce guide vous présente les auteurs marocains essentiels à connaître, ceux qui ont marqué et continuent de façonner cette littérature vibrante. Des prix Goncourt aux voix émergentes qui bouleversent les codes, découvrez les plumes qui donnent vie aux réalités, aux rêves et aux questionnements du Maroc.
Que vous soyez amateur de littérature francophone, étudiant en lettres ou simplement curieux de découvrir de nouveaux horizons littéraires, vous trouverez ici une sélection commentée d’auteurs avec leurs œuvres phares pour commencer votre voyage dans la littérature marocaine.
Table des Matières
Pourquoi découvrir la littérature marocaine ?
Une littérature entre plusieurs mondes
La littérature marocaine occupe une place unique dans le paysage littéraire mondial. Elle se situe au carrefour de plusieurs cultures :
- Culture arabe avec ses traditions narratives millénaires
- Culture amazighe porteuse d’une identité ancestrale
- Héritage français lié à l’histoire coloniale
- Influences africaines et méditerranéennes
Cette position de pont entre Orient et Occident confère aux œuvres marocaines une profondeur particulière. Les auteurs jonglent entre les langues, mêlent les références culturelles et créent ainsi une littérature authentiquement hybride.
Le trilinguisme littéraire marocain (arabe, français, tamazight) enrichit considérablement la production. Chaque langue apporte sa musicalité, ses nuances, et permet d’atteindre des publics différents.
Des thématiques universelles ancrées dans le réel
Les écrivains marocains abordent des questions qui résonnent bien au-delà des frontières du royaume :
L’identité et l’appartenance
- Qui suis-je entre plusieurs cultures ?
- Comment concilier tradition et modernité ?
- Quelle place pour la diaspora ?
La condition féminine
- Lutte pour l’émancipation
- Critique du patriarcat
- Exploration de la sexualité et du désir
La mémoire collective
- Héritage colonial
- Années de plomb et répression politique
- Transmission intergénérationnelle
La marginalité
- Pauvreté et exclusion sociale
- Diversité sexuelle
- Immigration clandestine
Ces thèmes touchent le lecteur marocain dans son quotidien, mais parlent aussi à l’humanité entière. C’est cette capacité à être profondément local tout en restant universel qui fait la force de cette littérature.
Une reconnaissance internationale croissante
La littérature marocaine n’est plus confinée aux rayons spécialisés. Elle s’impose sur la scène mondiale :
- Deux Prix Goncourt marocains : Tahar Ben Jelloun et Leïla Slimani ont marqué l’histoire littéraire francophone
- Traductions multiples dans des dizaines de langues
- Présence dans les programmes universitaires à travers le monde
- Influence majeure sur la littérature francophone et arabe contemporaine
Les éditeurs internationaux recherchent désormais activement les nouvelles voix marocaines, conscients de leur potentiel littéraire et commercial.
Les 7 auteurs marocains incontournables

Voici un tableau récapitulatif des géants de la littérature marocaine :
| Auteur | Œuvre phare | Langue | Thématique principale |
|---|---|---|---|
| Tahar Ben Jelloun | La Nuit sacrée | Français | Identité de genre |
| Driss Chraïbi | Le Passé simple | Français | Rébellion générationnelle |
| Fatema Mernissi | Rêves de femmes | Français | Féminisme |
| Mohamed Choukri | Le Pain nu | Arabe | Autobiographie crue |
| Abdellatif Laâbi | Le Chemin des ordalies | Français | Poésie et résistance |
| Leïla Slimani | Chanson douce | Français | Thriller psychologique |
| Abdellah Taïa | Le Jour du Roi | Français | Identité LGBTQ+ |
Tahar Ben Jelloun – Le maître de la littérature marocaine
Né à Fès, Tahar Ben Jelloun demeure la figure la plus emblématique de la littérature marocaine. Son Prix Goncourt a propulsé la littérature du Maghreb sur le devant de la scène internationale.
Pourquoi le lire ?
- Style poétique envoûtant qui mêle réalisme et conte oriental
- Exploration profonde de l’identité et des tabous sociaux
- Accessibilité malgré la richesse littéraire
- Traductions dans plus de 40 langues
Les œuvres essentielles :
- L’Enfant de sable – L’histoire fascinante d’une fille élevée comme un garçon dans le Maroc traditionnel. Ben Jelloun y questionne les notions de genre et d’identité avec une sensibilité remarquable.
- La Nuit sacrée (Prix Goncourt) – Suite directe du précédent, ce roman suit le même personnage dans sa quête de libération et de vérité. Une méditation puissante sur la construction de soi.
- Partir – Roman sur l’immigration et l’exil, racontant le déchirement d’un jeune Marocain qui rêve d’ailleurs. Particulièrement pertinent pour comprendre les défis de la diaspora.
Son style unique : Ben Jelloun puise dans la tradition orale marocaine, dans les contes de Jdoud et dans la poésie arabe classique. Ses phrases ont un rythme musical, presque hypnotique. Il ne se contente pas de raconter des histoires, il les tisse comme des tapis berbères, avec patience et symbolisme.
Driss Chraïbi – Le pionnier rebelle
Si un seul homme a ouvert la voie à la littérature marocaine moderne, c’est bien Driss Chraïbi. Décédé, il laisse un héritage considérable qui continue d’influencer les jeunes auteurs.
Son impact révolutionnaire : En publiant Le Passé simple, Chraïbi a créé un véritable scandale. Pour la première fois, un auteur marocain osait :
- Critiquer frontalement le patriarcat
- Remettre en question les traditions sacrées
- Dénoncer l’hypocrisie sociale
- Utiliser un ton provocateur et sans concession
Les livres à découvrir :
- Le Passé simple – Roman fondateur qui suit la révolte d’un jeune homme contre son père tyrannique. Métaphore puissante de la lutte entre modernité et tradition, ce texte reste d’une actualité brûlante.
- La Civilisation, ma Mère !… – Hommage tendre et drôle à sa mère, symbole de toutes les femmes marocaines en quête d’émancipation. Plus doux que Le Passé simple, tout aussi percutant.
- La série de l’Inspecteur Ali – Romans policiers qui offrent un regard décalé sur le Maroc contemporain, avec humour et finesse.
Pourquoi reste-t-il essentiel ? Parce qu’il a osé dire tout haut ce que beaucoup pensaient tout bas. Son courage a permis à toute une génération d’écrivains de s’exprimer librement. Sans Chraïbi, pas de littérature marocaine contemporaine telle que nous la connaissons.
Fatema Mernissi – La voix féministe intellectuelle
Sociologue, historienne et écrivaine, Fatema Mernissi a consacré sa vie à la défense des droits des femmes dans le monde musulman. Son approche unique combine rigueur académique et sensibilité narrative.
Ce qui la rend unique :
- Mélange d’essais sociologiques et de récits autobiographiques
- Recherches pointues sur l’histoire des femmes en Islam
- Capacité à rendre accessibles des concepts complexes
- Courage de bousculer les idées reçues
Ses œuvres majeures :
- Rêves de femmes : Une enfance au harem – Récit autobiographique touchant de son enfance dans une maison traditionnelle de Fès. Mernissi y décrit avec humour et tendresse la vie des femmes, leurs rêves, leurs frustrations, leurs résistances quotidiennes.
- Le Harem politique – Essai magistral qui explore la place des femmes dans l’histoire politique de l’Islam. Elle démontre que l’exclusion des femmes n’est pas coranique mais politique.
- Sultanes oubliées – Elle ressuscite les figures de femmes puissantes dans l’histoire islamique, prouvant que le leadership féminin n’est pas une invention occidentale.
Son héritage : Mernissi a formé toute une génération de féministes marocaines et arabes. Elle a prouvé qu’on pouvait être à la fois profondément attachée à sa culture et critique des structures oppressives. Son œuvre reste une référence incontournable.
Mohamed Choukri – La voix brute du vécu
L’histoire de Mohamed Choukri est presque aussi extraordinaire que ses livres. Analphabète jusqu’à l’âge de 20 ans, il apprendra à lire et à écrire avant de devenir l’un des auteurs arabophones les plus traduits au monde.
Un parcours hors du commun :
- Enfance de misère extrême dans le Rif
- Errance et survie dans les rues de Tanger
- Alphabétisation tardive
- Devenu professeur puis écrivain reconnu
Ses livres essentiels :
- Le Pain nu – Autobiographie bouleversante qui raconte sans filtre sa jeunesse de mendiant, de voleur, de contrebandier. Choukri n’édulcore rien : la faim, la violence, la prostitution, tout y est décrit avec une honnêteté brutale.
- Le Temps des erreurs – Suite de Le Pain nu, ce deuxième tome couvre sa période d’apprentissage et de formation.
- Paul Bowles, le reclus de Tanger – Portrait de son ami écrivain américain, témoignage sur le Tanger cosmopolite et bohème des années soixante.
Pourquoi le lire ? Parce que Choukri donne une voix à ceux qui n’en ont jamais eu. Son écriture, d’une simplicité trompeuse, possède une force émotionnelle rare. Il ne juge pas, ne moralise pas, il témoigne. Et ce témoignage vaut mille analyses sociologiques.
Attention : Le Pain nu a été censuré au Maroc pendant des décennies. Le livre reste dur, cru, parfois choquant. Mais c’est précisément cette absence de concession qui en fait un chef-d’œuvre.
Abdellatif Laâbi – Le poète engagé
Abdellatif Laâbi incarne la figure de l’intellectuel résistant. Poète, romancier, traducteur, il a payé cher son engagement politique en passant huit années dans les geôles marocaines durant les tristement célèbres années de plomb.
Son combat pour la liberté :
- Fondateur de la revue Souffles, tribune de la contestation culturelle
- Emprisonné pour ses idées
- Militant infatigable des droits humains
- Passeur entre cultures arabe et française
Les œuvres incontournables :
- Le Chemin des ordalies – Récit glaçant de ses années de prison. Laâbi y décrit la torture, l’isolement, mais aussi la résistance intérieure et la solidarité entre détenus. Un témoignage historique majeur.
- L’Étreinte du monde (poésie) – Recueil où la poésie devient arme de résistance et chant d’espoir. Ses vers mêlent rage politique et lyrisme amoureux.
- Le Fond de la jarre – Roman plus autobiographique qui explore l’enfance et la formation d’une conscience politique.
Son style poétique : Laâbi écrit une poésie accessible, jamais hermétique. Ses mots sont des cris, des caresses, des armes. Il parvient à rendre la beauté et l’horreur avec la même intensité.
Pourquoi reste-t-il actuel ? Parce que son combat pour la liberté d’expression, la dignité humaine et la justice sociale n’a jamais cessé d’être pertinent. Dans un monde où les libertés sont toujours menacées, Laâbi rappelle le prix à payer pour les défendre.
Leïla Slimani – La star contemporaine
Leïla Slimani représente la nouvelle génération d’écrivains marocains qui conquiert la scène littéraire internationale. Née à Rabat, vivant en France, elle incarne parfaitement cette double appartenance qui nourrit son écriture.
Son ascension fulgurante :
- Plus jeune lauréate marocaine du Prix Goncourt
- Représentante personnelle du Président français pour la Francophonie
- Journaliste et essayiste influente
- Porte-parole des questions féministes
Les romans à lire absolument :
- Chanson douce (Prix Goncourt) – Thriller psychologique qui explore la relation toxique entre une famille bourgeoise parisienne et leur nounou. Dès la première page, on connaît l’issue tragique. Le génie de Slimani est de nous tenir en haleine malgré cela.
- Dans le jardin de l’ogre – Premier roman sur l’addiction sexuelle d’une femme. Slimani brise le tabou du désir féminin avec une franchise déconcertante. Dérangeant et nécessaire.
- Le Pays des autres (trilogie) – Saga familiale qui commence dans le Maroc de l’après-indépendance. Histoire d’amour entre une Française et un Marocain, métaphore des relations coloniales et postcoloniales.
Ce qui caractérise son écriture :
- Concision redoutable : pas un mot de trop, chaque phrase porte
- Sujets tabous : elle n’hésite jamais devant les thèmes qui fâchent
- Perspective féminine : ses héroïnes sont complexes, imparfaites, vraies
- Tension narrative : même dans ses romans familiaux, elle maintient un suspense permanent
Pourquoi elle fascine ? Slimani a compris que pour parler du Maroc et du monde arabe, il fallait aussi parler d’ailleurs. Ses livres transcendent les frontières géographiques et culturelles. Elle pose les vraies questions : qu’est-ce qu’être une femme aujourd’hui ? Comment concilier liberté et sécurité ? Où commence et s’arrête l’identité ?
Abdellah Taïa – La voix de la différence
Premier écrivain marocain ouvertement homosexuel, Abdellah Taïa a brisé l’un des plus grands tabous de la société marocaine. Son courage a ouvert un espace de parole pour les minorités sexuelles dans le monde arabe.
Un parcours de bravoure :
- Né dans un quartier populaire de Rabat
- Assumé publiquement son homosexualité
- Devient porte-parole des droits LGBTQ+ dans le monde arabe
- Vit aujourd’hui en France mais reste profondément marocain
Ses romans essentiels :
- Le Jour du Roi – Roman qui mêle histoire personnelle et histoire politique marocaine. Le jour de la mort du roi Hassan II devient le cadre d’une introspection douloureuse sur l’identité, le désir et l’appartenance.
- Une mélancolie arabe – Récit autobiographique de son enfance et de son adolescence à Salé. Taïa y décrit avec tendresse et cruauté la découverte de sa différence dans une famille nombreuse et aimante mais incompréhensive.
- Celui qui est digne d’être aimé – Réflexion sur l’amour, le désir et la culpabilité. Comment aimer quand on vous a appris que votre amour est honteux ?
L’importance de sa voix : Dans un contexte où l’homosexualité reste criminalisée dans de nombreux pays arabes, Taïa offre une représentation rare et précieuse. Il ne parle pas que de sexualité : il parle de famille, de tradition, de religion, de modernité, de solitude.
Son style littéraire : Écriture intime, souvent à la première personne. Taïa privilégie la sensibilité à l’action, l’émotion au récit. Ses livres sont des méditations poétiques plus que des romans traditionnels.
Controverses : Ses prises de position lui ont valu menaces et critiques. Certains de ses livres sont interdits au Maroc. Mais pour beaucoup de jeunes Marocains en questionnement, il représente un espoir, une possibilité de vivre autrement.
Qui sont les auteurs contemporains qui font vibrer la scène littéraire ?
Au-delà des grands noms établis, une nouvelle génération d’écrivains marocains renouvelle les codes et les thématiques. Voici les voix qui comptent aujourd’hui.
Mahi Binebine – Le conteur visuel
Peintre reconnu avant d’être écrivain, Mahi Binebine apporte à la littérature sa sensibilité d’artiste visuel. Ses descriptions ont une qualité presque picturale.
Ce qui le caractérise :
- Double talent de peintre et d’écrivain
- Histoires souvent ancrées dans le Maroc populaire
- Style poétique et sensuel
- Engagement social discret mais constant
Romans importants :
- Cannibales – Sur l’immigration clandestine et ses drames humains
- Le Griot de Marrakech – Portrait d’un conteur traditionnel dans le Marrakech moderne
- Les Étoiles de Sidi Moumen – Inspiré de l’attentat de Casablanca, exploration de la radicalisation
Youssouf Amine Elalamy – L’expérimentateur
Youssouf Amine Elalamy pousse les limites de la forme romanesque. Ses livres sont des objets littéraires non identifiés qui déstabilisent et fascinent.
Son approche unique :
- Jeux typographiques et mise en page innovante
- Mélange des langues (français, darija, anglais)
- Humour corrosif et absurde
- Réflexion sur l’acte d’écrire lui-même
Livres à découvrir :
- Les Clandestins – Expérimentation formelle sur l’immigration
- Un Marocain à New York – Journal décalé d’un séjour américain
Fouad Laroui – L’humour critique
Ingénieur de formation devenu écrivain, Fouad Laroui porte sur le Maroc et la France un regard à la fois tendre et caustique.
Ce qui le distingue :
- Humour omniprésent, jamais gratuit
- Critique sociale fine
- Double regard franco-marocain
- Romans et nouvelles également réussis
Œuvres marquantes :
- Une année chez les Français – Roman d’apprentissage drôle et nostalgique
- Le Jour où j’ai déjeuné avec le Diable – Nouvelles satiriques sur la société marocaine
- Ce vain combat que tu livres au monde – Sur l’intégration et l’identité
Bahaa Trabelsi – La jeune voix féminine
Représentante de la toute nouvelle génération, Bahaa Trabelsi apporte un regard frais sur la condition des femmes marocaines urbaines et éduquées.
Ses thématiques :
- Relations amoureuses modernes
- Corps et sexualité féminine
- Tension entre aspirations personnelles et pressions sociales
- Le Maroc des classes moyennes
Son premier roman :
- Une vie à trois – Exploration audacieuse du couple et de la monogamie
Rachid Benzine – Entre théologie et littérature
Islamologue respecté, Rachid Benzine utilise la fiction pour explorer les questions spirituelles et identitaires qui traversent la jeunesse musulmane.
Son approche :
- Interrogations théologiques dans un cadre romanesque
- Questionnement sur la violence au nom de la religion
- Dialogue entre tradition et modernité
- Style accessible malgré la profondeur des questions
Roman majeur :
- Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? – Lettre d’un père à sa fille partie faire le djihad. Questionnement douloureux sur la radicalisation
Les auteurs fondateurs à connaître
Avant les grands noms contemporains, des pionniers ont défriché le terrain de la littérature marocaine moderne. Impossible de comprendre le présent sans connaître ces fondateurs.
Ahmed Sefrioui – Le premier romancier
Ahmed Sefrioui est souvent considéré comme le père de la littérature marocaine d’expression française. Son œuvre, plus douce que celle de Chraïbi, offre une vision nostalgique et poétique du Maroc traditionnel.
Son importance historique :
- Premier romancier marocain publié en France
- Vision du Maroc pré-moderne
- Style accessible et charmant
- Inscrit dans de nombreux programmes scolaires
L’œuvre phare : La Boîte à merveilles – Roman d’apprentissage qui suit un jeune garçon dans la médina de Fès. Sefrioui y décrit avec tendresse les traditions, les métiers, la vie quotidienne d’un Maroc disparu. Parfait pour découvrir la culture marocaine traditionnelle.
Pourquoi le lire aujourd’hui ? Parce qu’il offre une porte d’entrée douce dans la littérature marocaine. Son style simple et poétique convient particulièrement aux jeunes lecteurs ou à ceux qui découvrent cette littérature.
Mohammed Khaïr-Eddine – Le surréaliste marocain
À l’opposé de Sefrioui, Mohammed Khaïr-Eddine a explosé les codes avec une écriture baroque, violente et révolutionnaire.
Son style radical :
- Influences surréalistes
- Langue inventive et débridée
- Violence verbale et imagée
- Rupture totale avec le réalisme
Roman fondateur : Agadir – Écrit après le tremblement de terre tragique d’Agadir, ce roman est un cri de rage poétique. Difficile mais fascinant.
Son héritage : Khaïr-Eddine a prouvé que la littérature marocaine pouvait être avant-gardiste, expérimentale, refuser toute facilité. Il reste une influence majeure pour les écrivains qui cherchent à repousser les limites.
Edmond Amran El Maleh – La mémoire judéo-marocaine
Edmond Amran El Maleh occupe une place unique comme gardien de la mémoire juive du Maroc. Son œuvre témoigne d’un Maroc pluriel et tolérant.
Ce qu’il apporte :
- Voix de la communauté juive marocaine
- Méditation sur l’identité multiple
- Style introspectif et philosophique
- Témoignage d’un Maroc disparu
Livre essentiel : Parcours immobile – Récit autobiographique méditatif sur son parcours entre plusieurs mondes. El Maleh y explore la complexité d’être à la fois juif, marocain, arabe, francophone.
Pourquoi le redécouvrir ? Dans un contexte de montée des communautarismes, El Maleh rappelle que le Maroc a toujours été pluriel. Son œuvre est un antidote à l’intolérance.
La diversité linguistique : au-delà du français
Un des aspects les plus fascinants de la littérature marocaine est sa richesse linguistique. Contrairement à l’idée reçue, tous les auteurs marocains n’écrivent pas en français.
Les auteurs écrivant en arabe
La littérature arabophone marocaine possède une tradition riche et dynamique, même si elle reste moins connue internationalement faute de traductions suffisantes.
Auteurs arabophones majeurs :
Mohamed Choukri (déjà mentionné)
- A d’abord écrit en arabe avant d’être traduit
- Son œuvre originale possède une force particulière en arabe dialectal
Mohammed Berrada
- Figure centrale de la littérature arabe marocaine
- Romans explorant la société urbaine marocaine
- Style réaliste et engagé
Abdallah Zrika
- Poète et romancier
- Exploration de la marginalité
- Langage poétique puissant
Mohamed Zafzaf
- Écrivain prolifique
- Thèmes sociaux et existentiels
- Influence du réalisme critique
Pourquoi lire en arabe ? Si vous maîtrisez l’arabe, ces auteurs offrent une perspective différente, plus ancrée dans la culture arabe classique et dans la réalité quotidienne marocaine. La darija (arabe dialectal marocain) y apparaît souvent, apportant une authenticité particulière.
La littérature amazighe (berbère)
Longtemps marginalisée, la littérature amazighe connaît un renouveau important depuis la reconnaissance du tamazight comme langue officielle.
Auteurs amazighs importants :
Mohamed Moustaoui
- Poète de la région du Rif
- Défenseur de la culture amazighe
- Écriture en tamazight et en arabe
Brahim Ouahmane
- Pionnier de la littérature amazighe moderne
- Romans et essais
- Militant culturel
L’enjeu de cette littérature :
- Préservation d’un patrimoine oral millénaire
- Affirmation d’une identité longtemps niée
- Renouveau culturel amazigh
- Question de la transmission aux jeunes générations
Le défi de la diffusion : La littérature amazighe souffre d’un manque de structures éditoriales et de diffusion. Peu de librairies proposent ces livres, et les lecteurs potentiels sont dispersés entre différentes régions et dialectes amazighs (tarifit, tamazight, tachelhit).
Les auteurs bilingues ou trilingues
Certains écrivains marocains jouent avec plusieurs langues dans un même texte, créant une littérature véritablement hybride.
Exemples d’hybridation linguistique :
Youssouf Amine Elalamy
- Mélange français, darija et anglais
- Jeux graphiques avec l’alphabet arabe
- Création d’une langue littéraire unique
Abdelkebir Khatibi
- Théoricien de la « bilangue »
- Écriture entre français et arabe
- Réflexion sur l’identité linguistique
Ce que cela signifie : Cette hybridation n’est pas un simple artifice. Elle reflète la réalité linguistique marocaine où plusieurs langues coexistent dans la vie quotidienne. Le code-switching (alternance des langues) fait partie de l’identité marocaine moderne.
Pour les lecteurs : Ces textes peuvent dérouter au début, mais ils offrent une expérience de lecture unique qui traduit mieux que tout discours la complexité de l’identité marocaine.
Quelles sont les grandes thématiques de la littérature marocaine ?
Au-delà des auteurs individuels, certains thèmes traversent toute la littérature marocaine et la définissent.
L’identité et l’entre-deux
La question centrale : Qui suis-je ?
Les écrivains marocains explorent constamment cette interrogation identitaire qui se décline sous plusieurs formes :
L’identité culturelle
- Tiraillement entre culture arabo-musulmane et influence occidentale
- Héritage amazigh souvent redécouvert tardivement
- Poids de l’histoire coloniale
- Modernité vs tradition
L’identité de la diaspora
- Expérience de l’immigration
- Enfants de la deuxième ou troisième génération
- Sentiment de n’être ni d’ici ni de là-bas
- Négociation permanente entre deux mondes
Auteurs qui traitent ce thème :
- Tahar Ben Jelloun dans Partir
- Fouad Laroui dans Une année chez les Français
- Leïla Slimani dans Le Pays des autres
Pourquoi ce thème est-il si présent ? Parce que le Maroc lui-même est un pays d’entre-deux : entre Afrique et Europe, entre tradition et modernité, entre plusieurs langues et cultures. Cette position intermédiaire nourrit une réflexion identitaire constante.
La condition des femmes
Le combat pour l’émancipation
La littérature marocaine a joué un rôle crucial dans la remise en question de la place des femmes dans la société. De nombreux auteurs, hommes et femmes, ont fait de cette question un axe central.
Les différentes facettes explorées :
Le patriarcat et ses violences
- Domination masculine dans la famille
- Mariages forcés
- Violence domestique
- Contrôle du corps féminin
La sexualité féminine
- Désir et plaisir des femmes (tabou majeur)
- Double standard moral
- Virginité et honneur
- Exploration de la sexualité libre
L’émancipation et ses obstacles
- Éducation comme arme de libération
- Femmes qui travaillent et s’affirment
- Conflits générationnels
- Prix de la liberté
Autrices majeures sur ce thème :
- Fatema Mernissi – Approche historique et sociologique
- Leïla Slimani – Exploration crue du désir féminin
- Bahaa Trabelsi – Vision contemporaine et urbaine
Auteurs masculins qui en parlent aussi :
- Driss Chraïbi dans La Civilisation, ma Mère!…
- Tahar Ben Jelloun dans ses romans sur l’identité de genre
Impact réel : Ces livres ont contribué à faire évoluer les mentalités. Ils ont donné aux femmes marocaines des modèles de résistance et d’affirmation. Ils ont aussi permis aux hommes de questionner leur propre rapport à la masculinité.
La mémoire historique et politique
Le devoir de témoignage
La littérature marocaine porte la mémoire des périodes sombres que le discours officiel a longtemps voulu effacer.
Les années de plomb
- Répression politique des années 60 à 90
- Emprisonnements arbitraires
- Torture et disparitions forcées
- Censure et surveillance
Le colonialisme et ses séquelles
- Protectorat français et espagnol
- Lutte pour l’indépendance
- Héritage ambigu de la période coloniale
- Rapports complexes avec la France
Auteurs témoins :
- Abdellatif Laâbi – Prisonnier politique, témoin direct
- Tahar Ben Jelloun – Dans Cette aveuglante absence de lumière
- Driss Chraïbi – Critique de toutes les formes de domination
Pourquoi c’est important ? Parce que la littérature a souvent devancé les institutions. Avant la création de l’Instance Équité et Réconciliation, les écrivains avaient déjà brisé le silence sur les violations des droits humains.
La censure : Beaucoup de ces livres ont été interdits au Maroc. Certains le restent. Cette censure elle-même fait partie de l’histoire politique du pays.
La marginalité et la différence
Donner une voix aux sans-voix
La littérature marocaine s’est souvent intéressée à ceux que la société préférerait ignorer.
Les figures de marginaux :
Les pauvres et exclus
- Mohamed Choukri et les enfants de la rue
- Mahi Binebine et les candidats à l’immigration
- Représentation du Maroc des bidonvilles
Les minorités sexuelles
- Abdellah Taïa et l’homosexualité
- Rachid O. et les identités LGBTQ+
- Lutte contre l’homophobie et pour la dignité
Les migrants
- Harraga (candidats à l’immigration clandestine)
- Diaspora et déracinement
- Rêve européen et désillusion
Les « fous » et inadaptés
- Personnages en marge de la société
- Critique sociale à travers le regard du marginal
- Questionnement sur la norme et la déviance
Ce que cela révèle : En s’intéressant aux marges, ces auteurs interrogent le centre. Qu’est-ce qu’une société qui produit tant d’exclus ? Comment définit-on la normalité ? Qui a le droit à la dignité ?
Par quel auteur marocain commencer ?

Face à cette richesse, le choix peut sembler difficile. Voici un guide selon vos préférences de lecture.
Si vous aimez les récits captivants : Leïla Slimani
Commencez par : Chanson douce
Pourquoi c’est idéal pour débuter ?
- Page-turner addictif : impossible de lâcher le livre
- Court : environ 200 pages, lecture rapide
- Universel : se passe à Paris, thèmes compréhensibles partout
- Contemporain : langage et problématiques modernes
- Prix Goncourt : gage de qualité littéraire
Ce que vous y trouverez : Une tension insoutenable du début à la fin. Slimani maîtrise l’art du suspense psychologique. Même si on connaît le dénouement dès la première page, on ne peut s’empêcher de tourner les pages.
Ensuite : Continuez avec Dans le jardin de l’ogre pour découvrir la Slimani la plus audacieuse, puis plongez dans Le Pays des autres pour l’aspect marocain.
Si vous voulez comprendre le Maroc traditionnel : Ahmed Sefrioui
Commencez par : La Boîte à merveilles
Pourquoi c’est parfait pour débuter ?
- Douceur et nostalgie : pas de violence, lecture apaisante
- Immersion culturelle : découverte de la vie dans la médina
- Simplicité : style accessible, même pour les jeunes lecteurs
- Classique : compréhension de la base de la littérature marocaine
Ce que vous y découvrirez : Le Maroc des années 30 et 40 vu à travers les yeux d’un enfant. Les fêtes religieuses, les métiers traditionnels, les relations familiales, tout y est décrit avec amour et précision.
C’est pour vous si : Vous cherchez une lecture douce, poétique, qui vous transporte dans un autre temps. Parfait aussi si vous préparez un voyage au Maroc et voulez comprendre l’âme des médinas.
Si vous cherchez de la profondeur poétique : Tahar Ben Jelloun
Commencez par : L’Enfant de sable
Pourquoi ce choix ?
- Style envoûtant : prose poétique qui vous berce
- Thème fascinant : identité de genre dans un cadre traditionnel
- Court : moins de 200 pages
- Structure originale : récit dans le récit, tradition orale
Ce que vous allez adorer : Ben Jelloun écrit comme on raconte un conte sous un arbre. Son style puise dans l’oralité marocaine. Vous aurez l’impression d’écouter un halqa (conteur de la place publique).
Après : Enchaînez immédiatement avec La Nuit sacrée, la suite. Les deux livres fonctionnent comme un diptyque.
Attention : Ne commencez pas par ses romans les plus engagés politiquement si vous cherchez d’abord la beauté littéraire. Gardez Cette aveuglante absence de lumière pour plus tard.
Si vous voulez une lecture engagée : Driss Chraïbi
Commencez par : Le Passé simple
Pourquoi c’est un excellent point de départ ?
- Percutant et moderne : n’a pas pris une ride
- Rythme nerveux : pas de longueurs
- Thèmes universels : rébellion contre l’autorité paternelle
- Texte fondateur : comprendre toute la littérature marocaine qui a suivi
Ce que vous y trouverez : La rage d’un jeune homme contre un père tyrannique, métaphore de la lutte entre tradition et modernité. Chraïbi ne fait pas dans la dentelle : c’est frontal, parfois brutal, toujours honnête.
C’est pour vous si : Vous aimez les textes qui dérangent, qui provoquent, qui forcent à réfléchir. Si vous cherchez du politiquement correct, passez votre chemin.
Alternative plus douce : Si Le Passé simple vous semble trop radical, essayez La Civilisation, ma Mère!…, plus tendre et optimiste.
Si vous aimez les autobiographies : Mohamed Choukri
Commencez par : Le Pain nu
Pourquoi ce choix ?
- Authenticité brute : témoignage sans filtre
- Force émotionnelle : impossible de rester indifférent
- Valeur documentaire : comprendre le Maroc de la pauvreté
- Style direct : pas d’artifices littéraires, juste la vérité
Ce que vous devez savoir : Le Pain nu est un livre dur. Choukri ne cache rien de la misère, de la violence, de la survie. Certaines scènes sont difficiles. Mais c’est précisément cette honnêteté qui en fait un chef-d’œuvre.
Vous hésitez ? Lisez d’abord les 30 premières pages. Si vous accrochez, vous irez jusqu’au bout. Si c’est trop, ce n’est pas grave, ce livre n’est pas pour tout le monde.
C’est pour vous si : Vous voulez comprendre la réalité de millions de Marocains qui ont vécu (et vivent encore) dans la précarité. Si vous voulez un témoignage qui ne triche pas.
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Idées reçues sur la littérature marocaine
Démystifions quelques clichés qui persistent sur la littérature marocaine.
Mythe 1 : « La littérature marocaine, c’est que du français »
La réalité est bien plus riche
Beaucoup pensent que les auteurs marocains n’écrivent qu’en français. C’est faux et réducteur.
Les faits :
- Production arabophone importante : romanciers, poètes, essayistes
- Littérature amazighe en plein essor : reconnaissance officielle, nouveaux auteurs
- Littérature dialectale (darija) : théâtre, poésie orale, prose moderne
- Auteurs trilingues : jonglent entre les langues
Pourquoi cette idée persiste ? Le français reste la langue de publication internationale. Les livres en français sont plus visibles à l’export, d’où l’impression d’une domination. Mais au Maroc même, la production arabophone est massive et très lue.
Ce que vous ratez si vous ne lisez qu’en français : Des perspectives différentes, plus ancrées dans la culture arabe ou amazighe. Des jeux de langue impossibles à rendre en traduction. Une autre vision du Maroc.
Mythe 2 : « C’est une littérature régionaliste sans portée universelle »
Faux : reconnaissance mondiale
Certains réduisent la littérature marocaine à un exotisme folklorique sans intérêt universel.
Preuves du contraire :
- Deux Prix Goncourt (récompense littéraire française la plus prestigieuse)
- Traductions dans plus de 50 langues
- Études universitaires dans le monde entier
- Adaptation cinématographique de nombreuses œuvres
- Influence reconnue sur d’autres auteurs internationaux
Les thèmes sont universels :
- Quête d’identité
- Émancipation féminine
- Liberté individuelle vs pression sociale
- Amour, mort, pouvoir, rêves
Ce qui est local dans la forme devient universel dans le fond. Un lecteur japonais peut se reconnaître dans les questionnements d’un personnage marocain.
Témoignages : Les auteurs marocains sont invités dans les plus grands festivals littéraires mondiaux. Leurs livres sont au programme d’universités américaines, européennes, asiatiques. Difficile de parler de littérature « régionaliste » dans ces conditions.
Mythe 3 : « Tous les auteurs marocains écrivent sur le même sujet »
Grande diversité des genres et thèmes
On entend parfois : « Tous les livres marocains parlent de tradition vs modernité. »
La réalité est beaucoup plus diverse :
Genres représentés :
- Roman psychologique (Slimani)
- Autobiographie (Choukri, Mernissi)
- Poésie (Laâbi)
- Thriller et polar (série de l’Inspecteur Ali)
- Science-fiction émergente
- Littérature jeunesse
- Théâtre
- Essais sociologiques et politiques
Thèmes variés :
- Relations amoureuses contemporaines
- Thriller psychologique sans lien avec le Maroc
- Enquêtes policières
- Sagas familiales sur plusieurs générations
- Questionnements spirituels
- Immigration et diaspora
- Sport, musique, arts
- Fantastique et imaginaire
Styles multiples : Du réalisme social à l’expérimentation formelle, du lyrisme poétique à la sécheresse documentaire, chaque auteur a sa voix propre.
Mythe 4 : « La littérature marocaine commence avec Ben Jelloun »
Une histoire beaucoup plus longue
Le succès de Tahar Ben Jelloun a donné l’impression qu’il avait tout inventé. Erreur.
Les vrais pionniers :
Années 1950 :
- Ahmed Sefrioui : La Boîte à merveilles
- Driss Chraïbi : Le Passé simple
- Création des premières maisons d’édition
Années 1960 :
- Mohammed Khaïr-Eddine et l’avant-garde
- Abdellatif Laâbi fonde la revue Souffles
- Explosion créative et politique
Années 1970 :
- Édification d’une véritable scène littéraire
- Liens avec d’autres littératures maghrébines
- Répression et exil de nombreux écrivains
Ben Jelloun arrive dans les années 1970 Son Goncourt en 87 donne une visibilité internationale, mais il s’inscrit dans une tradition déjà riche. Il doit beaucoup à ceux qui ont ouvert la voie.
Pourquoi c’est important de le savoir ? Pour rendre justice aux véritables pionniers. Pour comprendre que la littérature marocaine a une profondeur historique. Pour ne pas tout réduire à un seul homme, aussi talentueux soit-il.
FAQ – Vos questions sur la littérature marocaine
Quel est l’auteur marocain le plus célèbre ?
Tahar Ben Jelloun reste probablement le plus internationalement reconnu, notamment grâce à son Prix Goncourt. Son nom est synonyme de littérature marocaine pour beaucoup de lecteurs étrangers.
Cependant, Leïla Slimani connaît actuellement une notoriété équivalente, voire supérieure auprès des jeunes générations. Son Goncourt récent, son engagement public et sa présence médiatique en font une figure incontournable.
Au Maroc même, Mohamed Choukri jouit d’un statut presque mythique pour son parcours exceptionnel et son authenticité.
Existe-t-il des auteurs marocains écrivant en anglais ?
C’est moins courant que le français ou l’arabe, mais oui, quelques auteurs marocains écrivent directement en anglais.
Laila Lalami est le cas le plus notable. Née à Rabat, elle vit aux États-Unis et écrit en anglais. Ses romans (The Moor’s Account, The Other Americans) rencontrent un grand succès critique et public.
D’autres auteurs de la diaspora, installés dans des pays anglophones, font parfois ce choix. Mais la majorité écrit en français ou en arabe, langues qui permettent d’atteindre un lectorat plus large au Maroc et dans le monde francophone/arabophone.
Pourquoi tant d’auteurs marocains écrivent-ils en français ?
Plusieurs raisons historiques et pratiques :
L’héritage colonial Le protectorat français (1912-1956) a imposé le français comme langue d’administration et d’enseignement supérieur. Plusieurs générations d’écrivains ont été éduquées en français.
Le système éducatif Même après l’indépendance, le français est resté important dans l’éducation, surtout pour les matières scientifiques et l’enseignement supérieur. Les classes moyennes et supérieures maîtrisent souvent mieux le français écrit que l’arabe classique.
L’accès à l’édition Les maisons d’édition françaises (Gallimard, Seuil, Actes Sud) offrent visibilité internationale et revenus décents. Publier en France, c’est toucher un marché de millions de lecteurs francophones.
Le lectorat Au Maroc, les classes éduquées lisent volontiers en français. À l’international, le français ouvre les portes de l’Europe, de l’Afrique francophone, du Canada.
Mais attention : Cela ne signifie pas que l’arabe est délaissé. De nombreux auteurs écrivent en arabe et connaissent un succès important, même s’ils sont moins visibles à l’international.
La littérature marocaine est-elle censurée ?
Historiquement, oui. Aujourd’hui, c’est plus nuancé.
Pendant les années de plomb (années 60-90) :
- Censure systématique des œuvres critiques
- Interdiction de nombreux livres
- Emprisonnement d’écrivains (Laâbi, par exemple)
- Surveillance et intimidation
Aujourd’hui :
- Censure directe plus rare mais pas inexistante
- Autocensure toujours présente
- Sujets sensibles : monarchie, islam, sexualité
- Répercussions sociales peuvent être graves
Exemples récents : Certains livres d’Abdellah Taïa sont interdits à la vente au Maroc. D’autres auteurs choisissent de publier uniquement à l’étranger pour éviter les problèmes.
La stratégie des auteurs : Beaucoup publient d’abord en France, ce qui leur offre une protection. Si le livre connaît un succès international, il devient plus difficile de le censurer au Maroc.
Évolution positive : Globalement, l’espace de liberté s’est élargi. On peut dire et écrire aujourd’hui des choses impensables il y a trente ans. Mais des lignes rouges persistent.
Quelle est la différence entre littérature marocaine et littérature maghrébine ?
Le Maghreb englobe trois pays principaux :
- Maroc
- Algérie
- Tunisie
(Parfois étendu à la Libye et la Mauritanie)
La littérature maghrébine est donc un terme parapluie qui regroupe les productions de ces pays.
Spécificités marocaines :
Histoire différente
- Protectorat (pas colonisation directe comme l’Algérie)
- Indépendance négociée (pas guerre d’indépendance)
- Monarchie (vs républiques algérienne et tunisienne)
Situation linguistique
- Présence forte du tamazight/berbère
- Darija marocaine très différente des autres dialectes
- Rapport différent au français et à l’arabe
Thématiques propres
- Relation particulière à la monarchie
- Question amazighe centrale
- Immigration vers l’Europe via le détroit
Mais points communs :
- Héritage colonial français
- Bilinguisme ou multilinguisme
- Questionnements identitaires similaires
- Lutte pour les libertés individuelles
En pratique : On parle de littérature maghrébine quand on veut souligner les points communs. On précise « marocaine », « algérienne » ou « tunisienne » quand on veut mettre en avant les spécificités.
Y a-t-il des femmes auteures marocaines ?
Absolument, et elles sont essentielles !
Cette question révèle un préjugé : on imagine parfois que dans un pays musulman, les femmes n’écrivent pas. C’est totalement faux.
Autrices majeures :
Pionnières :
- Fatema Mernissi – Figure intellectuelle féministe
- Khanata Bennouna – Une des premières romancières
Génération contemporaine :
- Leïla Slimani – Double Goncourt, star internationale
- Bahaa Trabelsi – Nouvelle voix prometteuse
- Siham Benchekroun – Romans sur la société marocaine
- Meryem Alaoui – Straight from the Horse’s Mouth (en anglais)
Leurs apports spécifiques :
- Perspective féminine sur la société marocaine
- Exploration du corps et de la sexualité féminine
- Critique du patriarcat de l’intérieur
- Modèles d’émancipation pour les jeunes filles
Défis particuliers : Les autrices marocaines font face à des pressions sociales que leurs homologues masculins ne connaissent pas. Écrire sur certains sujets (sexualité, critique de la famille) peut avoir des conséquences sociales graves.
Leur courage : Malgré ces obstacles, elles continuent d’écrire et de publier, ouvrant la voie à de nouvelles générations.
Où se déroule le Salon du livre au Maroc ?
Le SIEL (Salon International de l’Édition et du Livre)
Localisation : Rabat Quand : Généralement en juin (dates variables) Durée : Une dizaine de jours
Ce que vous y trouverez :
- Centaines de stands d’éditeurs marocains et internationaux
- Rencontres avec des auteurs
- Séances de dédicaces
- Conférences et débats littéraires
- Ateliers pour enfants
- Prix littéraires décernés
Autres salons importants :
- Salon du livre de Casablanca – Souvent en février
- Salon du livre d’Oujda – Axé sur le livre arabophone
- Salons régionaux dans d’autres villes
Pour les visiteurs : L’entrée est généralement gratuite ou très abordable. C’est l’occasion rêvée de découvrir les nouveautés, acheter des livres à prix réduits et rencontrer vos auteurs préférés.
Astuce : Suivez les comptes officiels du SIEL sur les réseaux sociaux pour connaître les dates exactes et le programme détaillé.
Peut-on étudier la littérature marocaine à l’université ?
Oui, dans plusieurs contextes académiques :
Au Maroc :
- Départements de Lettres françaises : littérature francophone du Maghreb
- Départements de Littérature arabe : production arabophone
- Masters spécialisés en littératures maghrébines
- Doctorats sur des auteurs ou thèmes spécifiques
En France :
- Cursus de Littérature francophone
- Programmes d’Études maghrébines
- INALCO (langues orientales) : études arabes et berbères
- Nombreuses universités proposent des cours spécifiques
Dans le monde :
- Universités américaines : African and Middle Eastern Studies
- Universités européennes : programmes de littérature francophone
- Universités arabes : intérêt croissant pour les littératures du Maghreb
Débouchés :
- Enseignement
- Recherche académique
- Édition et médiation culturelle
- Journalisme culturel
- Traduction
Intérêt académique : La littérature marocaine offre un champ de recherche riche : questions postcoloniales, études de genre, multilinguisme, engagement politique, etc.
Conclusion
La littérature marocaine offre un panorama extraordinairement riche et diversifié, reflet d’un pays aux multiples visages. Des pionniers courageux comme Driss Chraïbi aux stars contemporaines comme Leïla Slimani, en passant par les voix engagées d’Abdellatif Laâbi ou Abdellah Taïa, ces auteurs vous invitent à explorer les questionnements identitaires, les luttes sociales et la beauté poétique du Maroc.
Que vous choisissiez de commencer par le thriller psychologique addictif de Chanson douce, la poésie envoûtante de L’Enfant de sable ou l’authenticité bouleversante de Le Pain nu, chaque lecture vous ouvrira une fenêtre sur un monde littéraire fascinant qui mérite amplement sa place dans la bibliothèque mondiale.
N’hésitez pas à explorer au-delà de cette sélection. La scène littéraire marocaine regorge de talents émergents qui renouvellent constamment les codes et les thématiques. De nouveaux auteurs publient chaque année, apportant des perspectives fraîches sur le Maroc d’aujourd’hui et de demain.
La littérature marocaine n’est pas un musée, c’est un organisme vivant qui évolue, qui questionne, qui dérange parfois, qui émeut toujours. Elle parle du Maroc mais parle aussi à l’humanité entière. Elle est locale et universelle. Elle est tradition et modernité. Elle est toutes ces contradictions qui font la richesse de ce pays.
Alors plongez, découvrez, laissez-vous surprendre. Ces livres vous attendent, et ils ont tant à vous raconter.
Pour aller plus loin
Consultez un libraire spécialisé Les libraires des librairies mentionnées plus haut (Kalila wa Dimna à Rabat, Librairie des Colonnes à Tanger, Carrefour des Livres à Casablanca) sont de véritables passionnés. N’hésitez pas à leur demander conseil selon vos goûts.
Rejoignez un club de lecture De nombreux clubs de lecture dédiés aux littératures du monde existent, au Maroc et ailleurs. C’est l’occasion d’échanger, de découvrir des titres que vous n’auriez pas lus seul, de partager vos impressions.
Suivez les prix littéraires marocains
- Grand Prix du Maroc du Livre : récompense les meilleures œuvres de l’année
- Prix Littéraire de la Mamounia : prix marocain prestigieux
- Prix Mohammed Zafzaf : pour la littérature arabophone Ces prix sont d’excellents indicateurs pour découvrir les nouveautés de qualité.
Assistez à des rencontres littéraires Les Instituts français au Maroc organisent régulièrement des rencontres avec des auteurs. C’est une chance unique d’entendre ces écrivains parler de leur travail et de leur poser vos questions.
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Bonne lecture, et que ces livres vous enchantent autant qu’ils nous ont enchantés !
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[…] et la littérature : rarement soutenues, malgré une scène littéraire marocaine […]